La gauche ŕ l'étranger
 
Résumé du programme du PSOE:

Italie

Naissance du Partito Democratico italien

Joël, Section de Rome, 30 Octobre 2007

Le 14 octobre 2007, le scène politique italienne a vu la naissance d'une nouvelle formation, le parti démocrate, (Partito Democratico, PD) qui organisait une consultation populaire sur tout le territoire en vue de l'élection de son président. Walter Veltroni, l'actuel maire de Rome, a été élu largement avec 75,81% des 3 milions de suffrages exprimés [1] . Pour les italiens de centre-gauche, la question principale est de savoir si ce nouvel acteur de la vie politique italienne recueillera plus d'adhésion que n'en avaient traditionnellement les partis qui ont fusionnés au sein du PD ; on cherche aussi à savoir quelles valeurs cet ensemble résultant de formations aux doctrines différentes voudra défendre. Pour des membres du Parti Socialiste résidant en Italie, le questionnement est peut-être encore plus fort : le processus qui a abouti à la création du PD dans la péninsule est-il transposable en France et quel pourrait être le résultat d'une telle démarche dans notre pays ? Serait-elle souhaitable, alors que l'on sent bien l'intérêt que suscite la démarche transalpine au sein des responsables politiques de la gauche française? [2]

La naissance du PD : un événement à replacer dans son contexte
La première remarque à faire sur la naissance du parti démocrate est qu'il est une concrétisation partisane d'une alliance électorale, l'Ulivo, sous la bannière de laquelle se sont présentés les Démocrates de gauche (DS, l'ex parti communiste italien transformé après 1991) et la Marguerite (centre-gauche chrétien, née lors de l'éclatement de la Démocratie Chrétienne après Mani Pulite en 1992) à la plupart des élections depuis 1996. Après les élections d'avril 2006, il est apparu naturel de vouloir faire converger ces deux entités au sein d'un nouvel ensemble unifié. La création du PD correspond donc à un long processus de dix ans, ayant avancé étapes par étapes, et non d'une décision récente et ponctuelle.

D'autre part, un phénomène d'aggrégation au sein du spectre des partis politiques semble nécessaire en Italie, dans un système qui connaît une fragmentation particulièrement forte. Le gouvernement dirigé par Romano Prodi fait l'expérience de la difficulté qu'il y a à mettre d'accord les membres d'un gouvernement dont la base politique est constituée de nombreuses formations (les ministres proviennent des 8 partis composant la coalition de centre-gauche, l'Unione [3])
Enfin, on ne doit pas négliger la période délicate que traverse tout la classe politique italienne aujourd'hui, très critiquée par les citoyens en raison de son âge moyen avancé, de ses privilèges importants, et de son coût élévé. De nombreux scandales faisant ressortir l'impunité avec laquelle certains hommes politiques abusent de leur condition (qui emprunte l'avion officiel pour aller à un grand prix de Formule 1, qui profite d'une ambulance pour rejoindre un plateau de télévision, …) ont fini par exaspérer l'opinion. Beppe Grillo, comique devenu le héraut télématique des doléances populaires (son blog a été évalué par le Financial Times à fin 2006 comme étant le 28ème blog plus vu au monde, et le premier en Europe [4]), est devenu depuis le 8 septembre et le V-Day qu'il a organisé (le Va te faire voir Day, pour rester poli), le symbole de l'antipolitica que craignent tant les pouvoirs politique et médiatique. Le PD représente pour le centre-gauche la possibilité de rénover son image, ternie par des scandales, notamment financiers (les deux principaux dirigeants des DS, D'Alema et Fassino sont impliqués dans le scandale de l'Unipol).

Le parti démocrate : un succès ? Pour qui ?
Les trois milions de votants du 14 octobre sont indubitablement un succès et donnent une assise démocratique au PD. Cependant, cette réussite indéniable est à mettre en rapport avec les 5 milions de votants pour la désignation de Romano Prodi comme chef de la campagne pour les législatives 2006 et, plus récemment, avec les 80% de participation (5 milions encore) pour le référendum sur la réforme des retraites.

Un succès populaire relatif, donc, qui a mené Walter Veltroni à la présidence du PD. Cet ex-directeur de l'Unità (le journal des DS), maire de Rome réélu très largement en 2006, peut aussi considérer le 14 octobre comme un succès personnel dans la mesure où il a recueilli plus des trois quarts des suffrages. Le succès de Veltroni, grand admirateur de Kennedy, est clairement le succès d'une vision américaine de la gauche; de ce point de vue le nom choisi n'est pas un hasard, et le manifeste du parti démocrate va lui aussi clairement dans ce sens, notamment du point de vue économique : "Nous les démocrates sommes convaincus que l'Italie a besoin d'une cure extraordinaire de concurrence dans les marchés et d'efficacité dans le secteur public [5] ".
Si le Parti Démocrate concrétise la victoire d'une certaine vision de la gauche (liberal, au sens américain ), il est aussi une défaite pour des idées plus à gauche. On peut regretter que le mot socialiste ne soit cité que comme une source d'inspiration " [Nos valeurs] sont alimentées à la fois par la pensée politique libérale, par celle socialiste et par la démocrate-catholique [6]. ". Le mot " centre-gauche " n'est utilisé qu'en faisant référence aux familles politiques européennes s'en réclamant. Du reste, le PD n'a pas encore décidé le groupe parlementaire au sein duquel il siègera au Parlement Européen.

Il est bien évidemment difficile de juger l'orientation d'un parti qui doit encore constituer véritablement sa doctrine, et commencer à travailler au parlement italien. Il sera de ce point de vue intéressant de suivre l'assemblée constituante du 27 octobre prochain. Cependant, les premiers pas du parti démocrate nous semblent suffisants pour mettre en garde le Parti Socialiste français contre un processus analogue, d'abord en raison des contextes d'alliance et d'échiquier politiques différents entre la France et l'Italie ; ensuite parce que le Parti Socialiste représente déjà lui-même une synthèse de plusieurs courants ; et enfin parce que l'on peut préssentir à la lecture du manifeste que le Parti Démocrate fera sans doute peu de cas de valeurs profondément de gauche (les services publics, la laicité, notamment) pour mieux épouser celles de feu la Démocratie Chrétienne. En France, le manifeste du Parti Démocrate serait sans doute plus facilement soutenu par le Modem que par le PS.

On peut bien evidemment penser que les valeurs mises en avant le sont aussi pour des raison tactiques, dans la tentative que constitue le PD devenir la seule formation puissante en face d'une droite italienne dure et sans vergogne, officiellement alliée aux extrémistes de la Ligue du Nord. Toutefois, il y semble qu'il y ait quelque risque à brader ainsi un siècle d'histoire de la gauche, d'autant plus qu'au vu des premiers sondages, on ne peut pas encore considérer que la création du PD soit un succès stratégique : pour l'instant, les intentions de vote du PD sont inférieures à la somme des votes DS et Marguerite [7].

En résumé, la création du PD donne l'impression que des idées sociales-démocrates, le Parti Democrate n'a retenu que les démocrates, laissant de coté les convictions sociales. Et les socialistes ont envie de crier, en paraphrasant la désormais fameuse réplique de Nanni Moretti dans son film Aprile : " Walter, dis quelque chose de gauche ! "[8]

[1] Source : Site du Partito Democratico, : http://www.partitod emocratico. it/adon/files/ totalegraf. pdf
[2] Voir à ce sujet l'interview de S.Royal publiée par Libération le 22.10.07 : " Il y aura forcément, en France aussi, des recompositions entre centre et PS ", http://www.liberati on.fr/actualite/ politiques/ 286437.FR. php
[3] http://www.repubbli ca.it/2006/ 05/sezioni/ politica/ nuovo-governo- uno/quote- governo/quote- governo.html
[4] European Bloggers find their voice, par Kate McKenzie, FT, 10.10.2006.
[5] "Noi democratici siamo convinti che l'Italia abbia bisogno di una cura straordinaria di concorrenza nei mercati e di efficienza nel settore pubblico", Manifeste du Partito Democratico
[6] "Traggono alimento sia dal pensiero politico liberale, sia da quello socialista, sia da quello cattolico democratico" , Manifeste du Partito Democratico
[7] Sondage réalisé le 19.10 pour Répubblica.
[8] http://www.youtube. com/watch? v=F4iAqprsZ7Q


Les projets du gouvernement Prodi
Par Dominique Depriester, section de Rome

Arrivé au pouvoir après les élections des 9 et 10 avril 2006, Romano Prodi est à la tête d'une coalition très large allant de Rifondazione Comunista (ex PC) au centre gauche et dans laquelle les Democratici di Sinistra (DS) ont le plus de poids.

L'objectif du gouvernement est de remettre le citoyen au cœur de l'action politique, alors que Silvio Berlusconi nous avait habitués à orienter l'action de son gouvernement vers son intérêt propre ou celui de ses proches. C'est ensuite de relancer l'économie par le biais d'une série de libéralisations et de réformes entrant en vigueur en ce début d'année.

Lutte contre la vie chère : le citoyen consommateur
Un des premiers dossiers ouvert par le gouvernement en place est celui du coût de la vie.
D'ici peu, il sera possible d'acheter des médicaments et des carburants dans les supermarchés. Les tarifs des banques et des assurances seront clarifiés, le transfert de comptes ou d'emprunts d'un établissement à l'autre facilité. Autre exemple qui touchera la vie quotidienne, la suppression de la date limite d'utilisation du crédit de communication du téléphone portable .
Ces mesures fort nombreuses devraient permettre une relance générale de l'économie en relançant la concurrence et la consommation.

Plus de solidarité fiscale
Le retour à plus de solidarité est permis par une réforme fiscale qui taxe davantage les revenus élevés et allège les plus faibles (inférieurs à 40.000 euros par an). La taxe sur les successions a été rétablie.
Romano Prodi table également sur une chasse à l'évasion fiscale sans précédent. Le ministère des finances a enregistré plus de 14 milliards d'euros de rentrées fiscales supplémentaires ces six derniers mois (soit 10 % d'augmentation).
Il s'agit donc de redonner des moyens à l'état tout en diminuant sa dette.

Faciliter l'accès au travail - Un travail moins précaire
L'accès à certaines professions (coiffeur, esthéticien, guide touristique …) ne sera plus limité pour faciliter l'emploi des plus jeunes.
Les formalités pour lancer une entreprise sont également allégées : l'objectif est de pouvoir lancer une entreprise en moins de vingt quatre heures.
Pour réduire la précarité dans le travail, l'utilisation des contrats " extra flexibles " est économiquement découragée. Plus de 150 000 emplois publics précaires seront pérennisés.

Une crédibilité internationale
Au plan international, l'Italie devait retrouver sa légitimité après la diplomatie suiviste et toute en paillettes de Berlusconi. Massimo d'Alema, ministre DS des affaires étrangères a annoncé dès son entrée en fonction le retrait total des troupes italiennes d'Irak. Loin d'être un repli, cette annonce fut le signal de la relance d'une diplomatie multipolaire riche et ambitieuse en rupture là aussi avec la politique étrangère du précédent gouvernement.

La mise en place complète du programme de gouvernement est toutefois rendue difficile par la très faible majorité de gauche au Sénat (un siège d'avance). L'exigence de consolider une force à gauche est une nécessité. Les principaux partis de la coalition de l'Olivier, dont font partie les Démocrates de Gauche et la Marguerite, se sont donc engagés dans la création d'un grand parti de centre gauche: le Parti Démocratique. A l'occasion d'un congrès national des Democrates de Gauche, les 600.000 inscrits sont appelés à se prononcer sur ce projet réformiste soutenu en première ligne par le Secrétaire actuel Piero Fassino.

 

Canada

" À égalité pour décider " : Version québécoise de l'engagement des femmes dans l'action politique et démocratique
Par Sylvie Grosjean, Secrétaire de la section d'Ottawa

Le Québec et la France se sont engagés dans deux politiques radicalement différentes en ce qui concerne la participation des femmes à la vie démocratique. En 1999, le gouvernement de gauche québécois (Parti Québécois) mettait en place le programme à égalité pour décider, dont l'objectif vise à obtenir une représentation équitable des femmes au sein des instances décisionnelles locales et régionales. Un an plus tard, le gouvernement Jospin choisit la voie de la parité favorisant un égal accès à la représentation politique. Quelle leçon pouvons-nous tirer du choix québécois ?

Le programme québécois à égalité pour décider a été mis en place afin de soutenir financièrement des organismes à but non lucratif (centres de femmes, collectifs de femmes immigrantes, réseau des groupes de femmes) dans la réalisation de projets encourageant la participation des femmes à différents postes décisionnels dans les domaines politique, social ou économique. Par exemple, en novembre 2004 l'organisme AGIR (Assemblée des Groupes de femmes d'Interventions Régionales) propose une tournée de mobilisation auprès des femmes de la région de l'Outaouais québécois en vue des élections municipales de 2005. Sous le thème " En novembre 2005, je serai candidate ! ", l'organisme AGIR met en place des activités de formation et de mobilisation afin d'inciter un grand nombre de femmes à poser leur candidature en vue du prochain scrutin municipal. Concrètement, sur le terrain, se mettent en place des ateliers de formation gratuits sur des thèmes divers (le financement d'une campagne, la politique municipale), des rencontres avec des politiciennes et un service Info-Élection 2005. Dans une autre région du Québec (Gaspésie), la table de concertation des groupes de femmes met en place le projet " EN MARCHE ". Celui-ci s'adresse avant tout aux jeunes femmes (dans les écoles secondaires et les campus) en leurs proposant des ateliers de formation sur le fonctionnement des structures régionales et locales ou des ateliers de sensibilisation sur l'importance pour les femmes d'investir les lieux décisionnels.

Même si les statistiques ne notent pas une augmentation fulgurante du nombre de femmes dans les instances décisionnelles au Québec, ce programme a eu néanmoins pour effet de stimuler et mobiliser divers acteurs dans les régions. Alors, ne pourrait-on pas être encore plus volontariste en France en ajoutant aux mesures législatives, des programmes de soutien ayant pour objectif de donner l'envie et la possibilité aux femmes de participer pleinement à l'action politique et démocratique de leurs villes, cantons, régions ou pays.

Chili

La voie chilienne
Par Marc Landalois, Chili (isolé)

Depuis le retour de la démocratie au Chili, les différents gouvernements de centre- centre-gauche de la Concertación, notamment ceux des socialistes Ricardo Lagos (2000-2006) et Michelle Bachelet (depuis mars 2006), s'efforcent d'atténuer les effets d'un libéralisme sauvage sur la société et en particulier sur les plus démunis.

Les dirigeants ont opté pour des changements en douceur que certains qualifieraient de simples ajustements, ce qui est loin d'être le cas, la liste de réformes sociales étant particulièrement remplie. La preuve par quelques exemples : semaine de 48 à 45 heures, programme Chile Solidario afin d'éradiquer l'extrême pauvreté, programme Chile Barrio pour reloger 105000 familles dans des logements décents, Plan Auge dont le but est notamment d'assurer aux Chiliens l'accès aux traitements contre des pathologies lourdes peu ou pas pris en compte par le système antérieur, assurance chômage, entre autres.

Dans un contexte de vieillissement de la population, de journées de travail (et de déplacements) pouvant être particulièrement longues, la défense de la famille constitue également un axe renforcé par les gouvernements.

Ainsi, le congé paternité a été instauré en juillet 2005 : il permet aux pères de bénéficier de quatre journées, à prendre dans le mois suivant la naissance, payées à 100% par l'entreprise, ce droit étant non négociable et l'employé ne pouvant y renoncer. Cette mesure a été particulièrement appréciée par les salariés, d'autant plus que les congés payés sont souvent de 15 jours ouvrables.

A l'initiative d'un sénateur socialiste, le Sénat vient d'approuver à l'unanimité fin janvier une loi qui octroie à toutes les femmes qui travaillent une heure par jour afin qu'elles puissent allaiter au sein ou au biberon leurs enfants de moins de deux ans. Toutes les femmes salariées, quelle que soit l'entreprise, auront le droit d'alimenter leur enfant une heure par jour, que ce soit en arrivant une heure plus tard, en partant une heure plus tôt, ou en allaitant sur le lieu de travail.
Ainsi, il ne s'agit pas d'ajustements à la marge mais d'une réelle volonté des gouvernements sociaux-démocrates de construire une société plus juste et plus équilibrée. Il reste qui plus est 3 ans à Michelle Bachelet pour continuer les réformes en ce sens. Les défis demeurent énormes, notamment en matière d'éducation, afin que le Chili, souvent considéré comme le meilleur élève latino-américain en termes économiques, puisse également devenir un modèle de développement social.

 

Etats-Unis

Le berceau d'un nouveau syndicalisme ?
Par corinne Narassiguin et Thomas Philippon, section de New York

Contrairement à certaines idées reçues, les Américains ont une vision positive des syndicats. Selon un sondage récent, la majorité d'entre eux pense que le rôle des syndicats est positif pour l'économie, les entreprises, et les travailleurs. Pourtant le niveau des adhésions stagne depuis 20 ans, autour de 9%. Cela est probablement dû au fait que le syndicalisme reste trop industriel et peine à s'adapter à la diversité du monde du travail actuel.

Un nouveau mouvement syndical a pourtant vu le jour aux Etats-Unis. Sara Horowitz, ancienne avocate en droit du travail, a en effet fondé le " Freelancers Union ", syndicat pour les travailleurs indépendants (consultants, contractuels, artistes, etc.).

Aux Etats-Unis, comme la protection sociale est largement privatisée, les travailleurs dépendent principalement des plans santé et retraite offerts par leurs entreprises. Ce sont les entreprises qui négocient les termes des contrats auprès des compagnies d'assurance.

Les travailleurs indépendants, eux, doivent cotiser individuellement, ce qui est souvent très coûteux. Le Freelancers Union leur offre un moyen de mutualiser leur protection sociale : négociation de taux moins élevés auprès des compagnies d'assurance pour la couverture maladie, l'assurance invalidité, l'assurance vie. L'inscription au Freelancers Union est gratuite. Le syndicat se finance par de petites commissions retenues sur les contrats d'assurance signés par les travailleurs.

Fondé en 2003 pour la région de New York, le syndicat est maintenant en phase d'expansion nationale. Avec 20 millions de travailleurs indépendants aux USA, ce nouveau type de syndicalisme a un grand potentiel. L'objectif de Sara Horowitz va pourtant au-delà. Elle souhaite offrir un filet de sécurité pour la mobilité professionnelle, qui offre des garanties de protection lorsqu'un individu passe d'un emploi à un autre.

Le Freelancers Union fait du lobbying auprès du Congrès américain pour défendre ses membres, et soutient notamment une loi donnant aux travailleurs indépendants le droit à l'assurance chômage. Il se démarque pourtant du syndicalisme traditionnel en refusant la confrontation avec les entreprises. Certains travailleurs indépendants souhaiteraient pourtant voir leur syndicat intervenir activement auprès des employeurs, sur les questions de salaires, d'horaires et de conditions de travail. Cette aide syndicale serait d'autant plus utile qu'aux Etats-Unis, la régulation du monde du travail se fait largement sur des bases contractuelles.

Les syndicats traditionnels sont très intéressés par l'évolution du Freelancers Union, et ils y cherchent peut-être le moyen de faire augmenter leurs adhésions, et d'organiser les travailleurs non-syndiqués. Ce nouveau syndicalisme, à la fois groupe de pression, mutuelle de travailleurs, et réseau professionnel, est un outil supplémentaire de démocratie sociale dans un monde du travail qui change rapidement. Il pourrait être une des clés d'un nouveau syndicalisme de masse.

 

Allemagne

Faisons confiance à la jeunesse
Par Huguette Meixner, Secrétaire de la section de Berlin


Lors des dernières élections municipales de Berlin de septembre 2006, le SPD berlinois a rabaissé l´âge électoral de 18 ans à 16 ans pour inviter les jeunes à s´impliquer davantage dans la vie politique, à co-décider de notre démocratie et leur donner ainsi un sentiment de droit et de devoir dans notre société, car donner des droits, c'est aussi responsabiliser.
Ce vote permet aux jeunes par exemple d´influer sur l´aménagement de leur quartier, qu´il s´agisse de pistes cyclables, d´aménagement d´espaces verts, d´aires de baskets ou de skateboard, ou de l´organisation de leurs loisirs. Les jeunes ne subissent plus ainsi la politique des adultes mais en deviennent les acteurs.
Lors des dernières élections municipales un changement de la constitution du Land de Berlin a été décidé par les Berlinois leur permettant ainsi par le biais d´un rassemblement de 20 000 signatures en quatre mois d´obliger le Parlement Régional du Land de Berlin (on vit ici dans un Etat fédéral) de s´occuper d´un thème qui les préoccupe particulièrement (Volksinitiativen) et là aussi l´âge électoral pour participer aux initiatives populaires a été rabaissé de 18 ans à 16 ans.
Ici à Berlin, on part du principe que les jeunes d´aujourd´hui sont bien plus " mûrs " que ne l'étaient leurs parents à leur âge et qu'ils sont à même d´influencer la politique. On s´éloigne d'une politique faite par les adultes pour les jeunes pour une politique faite par ces jeunes. Ce sont eux ainsi les co-décideurs.
La visée pédagogique de l'abaissement de l'âge électoral se reflète dans une mesure corollaire introduite récemment dans le système scolaire berlinois : un
" enseignement des valeurs " a été introduit à l´école par le Land de Berlin, enseignement dispensant les valeurs d´une vie commune pacifique sur un fond de religions différentes, de démocratie, de refus de la violence, de tolérance, d´égalité des droits etc.
Cette politique visant à une meilleure intégration par la responsabilisation dans la société vise non seulement les jeunes, mais aussi les personnes âgées. Ici en Allemagne on a compris que les générations sont interdépendantes et la loi sur la participation des personnes âgées (Seniorenmitwirkungsgesetz) renforce de son côté les activités des personnes âgées dans la ville que ce soit sur le plan social, culturel ou politique, ceci pour pouvoir mieux vivre ensemble.
Si ces mesures sont prometteuses, il est encore trop tôt pour en juger des effets. Mais peut- être ces initiatives berlinoises qui témoignent d'une volonté d'aborder de manière intégrée la question du mieux vivre en société peuvent-elles servir de source d'inspiration pour notre candidate Ségolène Royal " la candidate pour agir ensemble. "

Suède


LE MODÈLE SUÉDOIS, UN MODÈLE AVANT TOUT DÉMOCRATIQUE
Par Peter Erhardy, Secrétaire de la Section de Suède. Cet article a été approuvé en réunion de Section par les membres présents.

Pour nous, membres de la Section de Suède, le modèle suédois est beaucoup plus que la réussite de certaines réformes (retraites, formation continue, etc.) mises en place par les différents gouvernements sociaux-démocrates.
Avant tout, c'est un processus de réformes, transparent, profondément démocratique et naturellement long, avec un constant va-et-vient entre les citoyens, l'administration, les partenaires sociaux, les hommes et femmes politiques, et cela à tout niveau et secteur, public et privé. Les débats participatifs, tels qu'ils sont organisés actuellement dans le cadre de la campagne électorale du PS, sont une constante de la réalité sociale et politique suédoise.
Ainsi, cela a pris plus de quinze ans pour réformer le système des retraites, qui est maintenant une référence mondiale. De longues discussions avec les militants ont permis de définir un cadre stratégique. La discussion s'est ensuite poursuivie dans le pays. Une réforme soutenue par une très large majorité a été finalement votée par la plupart des partis politiques.
C'est cela le consensus suédois, les réformes - cerises sur le gâteau - venant au terme d'un processus démocratique. Bien entendu, le Parti social-démocrate (SAP), enraciné dans la société suédoise, bénéficie d'un très fort militantisme doublé d'un lien structurel étroit avec un syndicalisme puissant et représentatif. Aussi, à toute réunion du SAP, les militants de base n'hésitent pas à critiquer points par points, sans déférence aucune, les reformes proposés par leurs élus.
Alors qu'il peut se glorifier de réussites économiques incontestables, le SAP a échoué de peu aux dernières élections de 2006. Il a payé le prix fort de l'usure du pouvoir. Mona Sahlin qui a été dernièrement élue à sa tête - les militants ayant clairement exprimé leur souhait d'être conduits pour la première fois par une femme - n'a cependant pas caché les échecs du SAP notamment en terme de lutte contre le chômage et de stratégie vis-à-vis des petites entreprises. Elle a indiqué cette semaine qu'une consultation étroite avec les militants allait être la priorité du SAP afin de définir des nouveaux axes de reforme. Il s'agit pour le SAP de se préparer aux élections de 2010 en renouvelant sa stratégie.
Tout n'est pas "rose" dans la société suédoise. Mais l'approche démocratique, avec la participation du plus grande nombre dans le processus décisionnel, est d'une efficacité manifeste. Ainsi, il n'y a rien de surprenant à ce que différents indicateurs internationaux de développement placent la Suède dans le peloton de tête de tous les pays.
C'est cela le modèle suédois, un processus de réforme démocratique, efficace, facilement transposable ailleurs, alors que les réformes proprement dites sont plus l'expression d'une situation politique et sociale spécifique.

 

Espagne

Bilan du gouvernement Zapatero, 2004-2007
Contribution de la section de Madrid, Espagne (14 novembre 2007)

Le gouvernement Zapatero, après sa victoire aux élections de mars 2004, a décidé d'appliquer à la lettre un programme social extrêmement ambitieux, qui cherchait à compenser les lacunes des années Aznar, caractérisées par une croissance forte mais extrêmement inégalitaire, la persistance d'un chômage élevé et un recours de plus en plus fréquent à des contrats précaires. Le gouvernement socialiste a donc cherché à maintenir le rythme de croissance, conscient que celle-ci lui permettrait de dégager les excédents budgétaires nécessaires au financement de son projet social.

La question du chômage, de la précarité et des conditions de travail a été l'un des premiers dossiers traités par le gouvernement socialiste espagnol. L'Espagne, qui comptait dans les années 90 un des taux de chômage les plus élevés de l'Union Européenne, est passée de 11,06% à 7,95% de chômage entre le 1er trimestre 2004 et le 2ème trimestre 2007. Le taux d'emploi est désormais de 65,1%, soit au-dessus de la moyenne européenne (64,9%).
Mais ce bilan n'est pas seulement positif en nombre d'emplois, il l'est aussi en termes de réduction de la précarité: au cours de cette législature, plus de six millions de CDI ont été signés, et le nombre de travailleurs en CDI est désormais de plus de 11 millions (contre 9 millions en 2004). Ce progrès important a été rendu possible par des accords signés avec le patronat et les syndicats, sous l'égide du gouvernement Zapatero, visant à réduire le recours à l'intérim et aux contrats à durée déterminée. 3 millions d'emplois (chiffre net) ont été créés. Le pourcentage de chômeurs de longue durée est passé de près de 36% à moins de 25% (moyenne de l'UE : 43%). Le taux de chômage des femmes et des jeunes a beaucoup baissé également.

Il y a évidemment d'autres réussites à citer, par exemple une baisse importante des accidents du travail, grâce à des campagnes très largement diffusées auprès des entreprises comme des employés sur la sécurité au travail, et une réduction du nombre de jours de grève grâce à une gestion en amont des conflits. Le salaire minimum a aussi augmenté fortement (de 451 à 600 euros). Les travailleurs indépendants ont vu leur régime de protection sociale aligné sur celui des autres catégories de travailleurs. Plus de trois quarts des chômeurs reçoivent une indemnité, contre moins des deux tiers en 2004.

Dans le même temps, et afin de réduire les inégalités économiques, les ménages à plus bas revenus (retraités comme salariés) ont été exemptés d'impôt sur le revenu. Les retraites minimales ont augmenté deux fois plus rapidement que l'inflation, pour trois millions de retraités pauvres qui étaient dans une situation très précaire. Et tout cela avec un excédent budgétaire et une croissance de plus de 3% en 2007.

Les avancées sociales ont été très nombreuses, conformément au programme électoral socialiste, qui a été appliqué intégralement par le gouvernement, ce qui est un première en Europe, à gauche comme à droite.
Nous nous contentons de relever quelques unes de ces avancées :

  • augmentation du nombre de places en crèche ;
  • augmentation du nombre de bourses d'études ;
  • aide aux personnes dépendantes âgées ou handicapées, qui bénéficie déjà à 200.000 personnes, avec un objectif de 1.200.000 pour 2015, et 300.000 emplois directs devraient être créés grâce à cette aide ;
  • fin de la libéralisation totale des terrains constructibles, qui a permis de ramener l'augmentation des prix du logement de près de 20 à 5% (certes la hausse des taux d'intérêt joue aussi un rôle) en une législature, et qui réserve 30% des terrains à construire aux logements sociaux, pour permettre une urbanisation un peu moins galopante qu'il y a quelques années ;
  • régularisation de 700.000 étrangers en situation irrégulière, mais qui pouvaient prouver qu'ils étaient depuis plus d'un an sur le sol espagnol et avaient un contrat de travail. Au-delà de l'amélioration des conditions de vie des étrangers concernés et de leur famille, cette mesure a aussi contribué à la réduction de l'économie souterraine - toujours importante en Espagne - et à l'augmentation des recettes de la Sécurité sociale sous forme de cotisations salariales et patronales
  • engagement fort contre le réchauffement global, qui a permis de réduire pour la première fois en 30 ans l'intensité énergétique - consommation d'énergie/PIB - et ce malgré une croissance forte.

Enfin, des mesures sociétales à la symbolique forte ont été prises : mariage homosexuel, congé de paternité, parité (particulièrement observable au gouvernement), suppression de la religion comme matière obligatoire, remplacée par l'éducation civique, lutte contre la violence conjugale, entre autres. Elles ont été si largement commentées qu'il n'est sans doute pas nécessaire de les détailler. Il est d'ailleurs parfois regrettable que l'on ne relève du gouvernement Zapatero que ces mesures médiatiques et l'on oublie - volontairement ou non - les nombreuses réussites sociales et économiques des quatre dernières années, dont nous espérons que le Parti socialiste saura s'inspirer pour sa rénovation.


Changer la société, changer la politique…
Par Valérie Parra, Secrétaire de la Section PS de Madrid


Le 14 mars 2004, le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) gagne les élections et José Luis Rodriguez Zapatero se place à la tête du premier gouvernement paritaire de l'Histoire en Espagne, en nommant également une femme Vice-présidente.
Les circonstances de cette victoire, encore aujourd'hui contestées par la droite réactionnaire espagnole, se placent au lendemain de l'attentat du 11 mars, des mensonges antérieurs du Président Aznar et de quatre années de gouvernement absolutiste du Parti Populaire qui avait multiplié les désaccords avec le peuple espagnol (armée espagnole en Irak, désastre du Prestige, etc.).
Mensonges soutenus par Nicolas Sarkozy lors de sa venue à Madrid à une convention du PP en 2006: " l'histoire te rendra ta place", visite au cours de laquelle ses relations personnelles et idéologiques avec le Parti Populaire, se sont manifestées au grand jour.
C'est peut-être dû à ces circonstances que José Luis R. Zapatero décide de tenir toutes ses promesses électorales sans tarder : il retire les troupes espagnoles d'Irak et met à exécution l'application du programme électoral du PSOE. Ce fait est plutôt rare en politique, d'autant plus difficile dans un pays où l'organisation territoriale rend plus compliquée la mise en place de mesures d'ordre social et éducatif, entre autres. En effet, l'État a transféré depuis l'avènement de la démocratie chaque fois plus de compétences aux régions, qui sont des communautés autonomes.
Depuis 2004, l'économie croît à un rythme très élevé. En 2006 le PIB augmente de 3,8%, les administrations publiques ont un excédent de 1,4%, alors que la prévision était de 0,9%, 700.000 nouveaux emplois ont été créés (1.800.000 emplois depuis le début du mandat), après 12 accords différents avec les partenaires sociaux, particulièrement celui de la réforme du marché du travail qui réduit la précarité de l'emploi.
La croissance économique n'est pas incompatible avec la politique sociale et c'est là le pari le plus réussi du Gouvernement espagnol, qui a mis en place de nombreuses mesures pour construire une société plus solidaire et intégratrice. Les pensions et retraites ont fortement augmenté, le salaire minimum aussi et le 1er janvier 2007, est entrée en vigueur la Loi sur la Dépendance (loi qui garantit l'attention, les soins et l'assistance à toutes les personnes dépendantes).
Quant aux mesures familiales c'est certainement cela qui paraît le plus audacieux dans l'application de ce programme électoral. Les personnes du même sexe peuvent désormais se marier en Espagne. Le code civil a donc été modifié dans ce sens, avec la reconnaissance des droits et devoirs que le contrat de mariage civil attribue aux autres couples. La loi sur le divorce a été également modifiée pour alléger les procédures et rendre plus efficace la coresponsabilité entre hommes et femmes sur l'éducation de leurs enfants. Et l'on a reconnu des droits et prestations aux personnes en concubinage. Le Gouvernement espagnol s'emploie à ce que tous les modèles de familles existant dans la société actuelle jouissent des mêmes droits.
L'immigration a désormais un nouveau traitement, suite à une régularisation de 600.000 personnes qui travaillaient en situation illégale. La loi règle la présence des immigrés en fonction du marché du travail, dans le but qu'ils aient les mêmes droits et devoirs que n'importe quel travailleur espagnol, et un Plan d'Intégration et de Citoyenneté est actuellement mis en place. L'immigration est bénéfique à la croissance du pays. Elle favorise son renouveau démographique. Elle a soutenu le secteur de la construction (fondamental dans l'économie espagnole). Elle participe à l'amélioration de la pyramide des âges pour le régime des retraites, et au développement du secteur des services, entre autres.
L'Espagne est également le seul pays qui ait une Loi intégrale contre la violence faite aux femmes, cette loi a été votée à l'unanimité. Ont été créés des tribunaux spécifiques pour combattre ce fléau, encore bien présent dans nos sociétés, ainsi qu'une Délégation Spéciale du Gouvernement et plus de 500 millions d'euros ont été attribués de façon transversale à 7 ministères. Le Parlement débat actuellement une Loi sur l'égalité entre hommes et femmes qui renforcera les droits sociaux, la conciliation de la vie familiale et professionnelle et fixera des règles sur la présence des femmes dans la société, y compris dans les conseils d'administration des grandes entreprises.
Aujourd'hui, à un peu plus d'un an de la fin du mandat, environ 80% du programme électoral est déjà réalisé. C'est certainement une première qu'un parti politique applique dans sa totalité son programme électoral, c'est aussi une première qu'il donne sa place aux femmes…
Puisque c'est faisable, faisons-le aussi en France avec courage, audace, modernité, parions fortement sur la victoire de notre " Zapatera " pour améliorer la vie quotidienne des tous les citoyens, particulièrement des plus faibles.
C'est cela le sens du socialisme.

 

 

Royaume Uni
1997-2007 : quel bilan pour Tony Blair ?
Par valérie Rabault, membre du BF, en charge des questions économiques

On partait de loin en 1997 car 18 années de gouvernement conservateur avaient scindé la société en deux : les gagnants et les perdants. Les sacrifiés des années Thatcher étaient tout d'abord les enfants pauvres dont le nombre avait triplé entre 1979 et 1997 : ils étaient désormais 4 millions, ce qui représentait 1 enfant sur 3. Ces sacrifiés étaient aussi les 160 000 malades, qui n'ayant pas les moyens de consulter dans le privé, avaient dû patienter jusqu'à 8 mois pour décrocher un rendez-vous avec un chirurgien et subir l'intervention qui leur était nécessaire. Enfin, l'état des services publics était catastrophique, victime d'un sous investissement chronique et du recul des emplois publics à hauteur de 150 000 par an en moyenne entre 1983 et 1997.
La tâche s'annonçait donc complexe pour le gouvernement Blair élu en mai 1997, d'autant plus complexe que la marge budgétaire semblait réduite puisque la dette avait atteint son record historique en 1997 (certes bien en deçà des 67% de PIB que représente l'actuelle dette française).
Priorité des priorités pour Tony Blair : les enfants pauvres. Sa première mesure est le Working Family Tax credit, dispositif fiscal et social destiné aux familles modestes avec enfant dont au moins un membre travaille 16 heures par semaine, assorti de deux programmes visant à aider les familles dans la garde des enfants. Les premiers résultats sont là puisque le taux d'enfants pauvres a baissé, passant de 33% à 25% en 2005, taux qui reste toutefois intolérable pour un pays riche tel que le Royaume-Uni.
Deuxième axe de la politique de Tony Blair : les services publics et tout d'abord l'emploi public. Depuis 1997, ce sont près 900 000 emplois publics qui ont été créés. Sur la période 1997-2007, le budget de l'éducation a quasiment doublé, s'accompagnant là aussi de progrès significatifs : ainsi la part des enfants de 11 ans maîtrisant les connaissances de base est passée de 55% à 75%.
Point noir des années Thatcher : le système public de santé. "In my contract with the people of Britain I promised that we would rebuild the NHS" (" dans mon contrat avec le peuple britannique, je me suis engagé à reconstruire le système de santé ", Tony Blair). Les moyens budgétaires alloués ont quasiment doublé sur la période, ce qui s'est heureusement ressenti dans le service procuré aux usagers : ainsi, les files d'attente dans les hôpitaux publics se sont sensiblement réduites, et le nombre de malades devant attendre 8 mois pour une opération est passé de 160 000 à 60 000. Une étude récente révélait que " seuls " 12% des patients n'obtenaient pas un rendez-vous avec leur généraliste (service public) dans les deux jours contre plus de 50% en 1997.
Ces avancées, aussi positives soient-elles, ne doivent pas masquer les difficultés à sortir de l'impasse thatchérienne. Faute de révision radicale des politiques des conservateurs, principalement dans le domaine des transports ou de l'énergie, peu de progrès ont été enregistrés : par exemple, les tarifs de gaz aux particuliers de l'opérateur historique, privatisé en 1986, ont augmenté de 90% depuis 2003.

 

Autriche

30 ans de social-démocratie à l'œuvre
Par Pierre Avédikian, secrétaire de la section de Vienne.
De 1970 à 2000, la social-démocratie autrichienne a été sans interruption au pouvoir, seule au cours de l'ère Kreisky dans les années 70, puis en coalition. L'ère Kreisky durant laquelle le parti socialiste (SPÖ) a obtenu la majorité absolue trois fois de suite en 1971, 1974 et 1979 a été indubitablement le socle sur lequel la social-démocratie autrichienne a bâti son succès. Dès 1971, un grand programme de modernisation du pays a été élaboré et mis en oeuvre en donnant la priorité à l'éducation, à la refonte du système de santé et aux réformes institutionnelles. De grands investissements en matière énergétique ont été réalisés, même si les citoyens ont rejeté par referendum le recours à l'énergie nucléaire arrêtant la construction de la centrale de Zwettendorf, acte de naissance d'une conscience écologique forte dans le pays. En matière de politique extérieure, Bruno Kreisky a donné une importance toute particulière à la politique proche-orientale et arabe de l'Autriche. En 1979, Vienne est devenu également l'un des sièges de l'ONU puis de l'OPEP, renforçant ainsi le positionnement international de la capitale autrichienne.
C'est en 1995, sous le gouvernement de Franz Vranitzky, que l'Autriche a rejoint l'Union européenne. Approuvée par près de 65% de la population, cette intégration s'est faite sans grande difficulté malgré une conjoncture économique délicate. Néanmoins, l'ouverture des frontières à l'Est et la situation extrêmement tendue dans l'ex-Yougoslavie ont fait le lit du parti populiste (FPÖ) dirigé par Jörg Haider, qui a obtenu 27% des suffrages en octobre 1999. En 2000, l'alliance entre le parti conservateur (ÖVP) du chancelier Wolfgang Schüssel et le FPÖ a donc rejeté le SPÖ dans l'opposition pour un certain temps, ce à quoi il n'était guère habitué.
Pourtant, après des succès électoraux au niveau régional, le SPÖ a remporté les élections d'octobre 2006. Le 11 janvier dernier, le gouvernement du chancelier Alfred Gusenbauer est entré en fonction. Ce gouvernement de coalition avec l'ÖVP a connu une mise en route chahutée. De nombreux socialistes autrichiens, en particulier les jeunes, ont eu l'impression de sortir perdants de la négociation avec le parti conservateur, tant pour la répartition des portefeuilles ministériels que du fait de l'abandon dans le programme de gouvernement de promesses électorales importantes, en particulier la supression des frais d'inscription universitaire et le renoncement à l'achat d'une flotte d'avions de chasse à EADS. S'inscrire dans cette longue tradition sociale de la gauche autrichienne est une tâche qui s'annonce donc des plus ardues pour Alfred Gusenbauer.

 

Belgique

Les réalisations de la gauche en Belgique
Rodolphe Duterme, section de Bruxelles

En Belgique, les socialistes sont au pouvoir depuis 1988, au sein de coalition avec les démocrates-chrétiens, ou les libéraux, comme c'est le cas depuis 1999. Ces coalitions s'expliquent par le fait que le système électoral belge est la proportionnelle et que la complexité du pays rend impossible pour un parti de détenir la majorité dans ce pays.

Un des principaux succès de la gauche est, sans nul doute, le système de sécurité sociale et plus particulièrement le système d'assurance maladie. La Belgique dispose d'un excellent système de santé, une infrastructure hospitalière remarquable, bien dotée en équipement, efficace. Il s'agit d'une infrastructure mixte (hôpitaux publics et privés). La couverture médicale est aussi très bonne et bénéficie à tous. La quote-part, prise en charge annuellement par les patients est plafonnée pour éviter que les patients souffrant de pathologies lourdes soient précarisés. Et enfin, le système d'assurance maladie assurant une couverture tout à fait correcte est en équilibre depuis de nombreuses années.

Ce résultat a pu être obtenu par une responsabilisation de tous les acteurs de la santé : patients, médecins, gestionnaires d'hôpitaux, mutuelles et industrie pharmaceutique
et grâce à une structure de concertation pilotant le système d'assurance maladie. Cette structure rassemble les représentants du patronat et des syndicats car ce sont les cotisations sociales dont l'assiette repose sur les revenus du travail qui assurent le financement de l'assurance maladie. Elle réunit également les représentants des médecins et des mutuelles. Il est important de noter qu'en Belgique, on a totalement accepté que les dépenses de santé sont destinées à croître, compte tenu des progrès de la médecine et du vieillissement de la population. En revanche, cette croissance des dépenses de santé est maîtrisée. La structure de concertation se réunit pour proposer au gouvernement une norme annuelle de progression des dépenses de santé (hors inflation) et un projet de budget et des propositions sur les montants des honoraires médicaux et des normes de remboursement. Cette norme et ce budget doivent, in fine, être validés par le gouvernement. Au delà de ces principes, des mesures structurelles ont été prises pour maîtriser la croissance des dépenses de santé, sans aucun esprit de rationnement. Ainsi en ce qui concerne les postes de dépenses relatives à la biologie clinique et à l'imagerie médicale, on privilégie la rémunération au forfait plutôt qu'à l'acte. Les enveloppes budgétaires afférentes à ces dépenses sont négociées avec les professionnels de ces professions et engagent l'ensemble de ces praticiens. Les dépenses de médicaments constituent aussi un poste important. Le budget annuel est aussi déterminé par concertation entre le conseil de la santé (structure pilotant l'assurance maladie) et les représentants de l'industrie pharmaceutique. Dans un souci de responsabilisation, un dépassement de l'enveloppe négociée serait pris en charge par l'industrie pharmaceutique.

Ainsi par ce système de responsabilisation, de large concertation, par l'acceptation de la nécessité d'une croissance maîtrisée des dépenses de santé, on a maintenu en Belgique un système de santé efficace et de qualité, budgétairement en équilibre. C'est une belle réussite de la gauche en Belgique !

Australie

Impressions d'Australie… un mois après la victoire travailliste

Un mois passé depuis les dernières élections fédérales et l'Australie semble avoir rapidement tourné la page de onze années et demie de pouvoir libéral et conservateur.

Il est vrai que le mois de décembre, appelé ici Silly Season - la saison folle- est habituellement prétexte à célébrations en avance de Noël, fêtes d'entreprise, barbecues en famille ou entre amis. En cette fin d'année 2007 un peu particulière, c'est peut-être tout simplement le signe de la confiance que les Australiens accordent à leur nouveau dirigeant travailliste.

Depuis son triomphe électoral du 24 novembre et avant que le pays ne sombre dans la torpeur estivale, Kevin Rudd n'a pas manqué d'apporter les preuves que lui-même et son équipe étaient prêts à mettre en œuvre le programme qui leur a valu d'accéder aux responsabilités.

Dès le 3 décembre, le nouveau chef de gouvernement annonçait la ratification du protocole de Kyoto sur les changements climatiques. Intervenant quelques heures après sa nomination officielle en tant que 26ème premier ministre et alors que s'ouvrait la conférence de l'ONU à Bali, cette annonce se voulait un geste fort et symbolique. Est-ce en tant qu'ancien diplomate - parlant couramment le Mandarin et spécialiste de la Chine- que Kevin Rudd tenait à repositionner l'Australie sur la scène internationale et au cœur des questions environnementales, tout en se démarquant des Etats-Unis? Sans doute, mais il s'agissait aussi d'un message clair, destiné au peuple australien. Neuf jours après voir mené a la victoire son parti, l'ALP - Australian Labor Party-et remporté brillamment plus de 53% des suffrages, il ne pouvait pas laisser passer cette occasion d'honorer une promesse de campagne.

Le scepticisme vis-à-vis du réchauffement de la planète et la ferme opposition au protocole de Kyoto de son prédécesseur ont, entre autres raisons, joué en faveur de Kevin Rudd.
L'ancien premier ministre John Howard, à l'âge de soixante-huit ans, s'est retrouvé poussé à une retraite forcée de manière d'autant plus humiliante qu'il a aussi perdu le siège de député qu'il détenait depuis 33 ans, au profit d'une ancienne journaliste, novice en politique et nouvelle recrue travailliste.

John Howard partait à la bataille pour un quatrième mandat, fort de ses résultats sur le plan économique, un faible taux de chômage et promettant de nouvelles baisses d'impôt. Il allait surtout devoir recentrer sa campagne sur la justification d'une nouvelle législation, Work Choices - Les choix du travail -. Cette réforme des conditions d'emploi, bien accueillie par les milieux patronaux, avait entrainé plusieurs mouvements sociaux depuis son entrée en vigueur.
Dans une interview au Sydney Morning Herald publiée le 1er décembre dernier, Tim Gartrell, secrétaire national de l'ALP et directeur de campagne, revenait sur les raisons d'un succès. Pour lui, la perte de confiance de l'opinion publique envers le gouvernement sortant ne faisait que s'accentuer au fil des mois. Il reconnait avoir rebondi stratégiquement lorsqu'en mars, John Howard, affirmait avec vigueur: " Les ménages australiens n'ont jamais aussi prospères que sous ce gouvernement ". Selon Tim Gartrell, une telle déclaration - un an après la mise en place de Work Choices et alors que le sentiment d'insécurité sur le marché de l'emploi devenait grandissant démontrait combien John Howard n'était plus en phase avec son pays.

Dans ce contexte, Kevin Rudd, 50 ans, se voulait l'homme du renouveau, face à un John Howard, figure du passé.

A la tête du parti travailliste depuis seulement fin 2006, le nouveau leader de la gauche australienne et sa plate-forme " Pour un nouveau leadership et un projet de long terme pour l'avenir " devenaient une alternative crédible.

S'adressant au National Press Club à Canberra le 4 décembre et analysant les résultats post électoraux, Tim Gartrell encore, comparait la victoire travailliste à " une vague qui avait balayé toutes les couches sociodémographiques… qu'il s'agisse des moins de 30 ans, des plus de 60 ans… des ouvriers ou des diplômés universitaires, des mères au foyer ou des familles dont les deux parents travaillent " et ce, dans les grands centres urbains comme dans les régions reculées d'Australie.

Sur le plan économique, Wayne Swan, le nouveau Treasurer, ministre du budget, hérite d'une situation financière que beaucoup de pays industrialisés pourraient envier.

Le 14 décembre, lors de sa première intervention depuis sa nomination et devant un parterre de 400 chefs d'entreprise, il prévenait toutefois que l'inflation au cours des 18 prochains mois allait poser un risque à la poursuite de la croissance australienne. Jouant la prudence, tout comme son chef de gouvernement qui se présentait au cours de la campagne comme un " conservateur en matière économique ", et tout en reprochant au gouvernement précédent de n'avoir pas su investir en période de boom et d'être responsable du déficit en matière de compétences et d'infrastructures, il a promis une nouvelle période de discipline fiscale et d'économies budgétaires.
La pression sur les taux d'intérêt sera un enjeu majeur de la nouvelle législature.

Dans un pays ou le suivi du marché immobilier s'apparente à un sport national, où 70% des ménages sont accédants à la propriété, le sujet des taux d'intérêt a toujours été déterminant en période électorale. John Howard, lors de sa réélection en 2004, s'était engagé à contenir ces taux. Trois ans et six hausses plus tard, et alors que de plus en plus de familles se retrouvent surendettées et dépossédées de leur logement, une partie du vote habituellement conservateur ne s'est manifestement pas reconnue dans ce credo.

L'abrogation de Work Choices démarrera dès la reprise de la session parlementaire de février a prévenu Kevin Rudd. Il s'agira de rétablir progressivement fairness in the workplace -l'équité sur le marché du travail-, comme le clamait un slogan de campagne et de revenir sur le démantèlement d'acquis sociaux, objet de la réforme libérale combattue par les salariés, les organisations syndicales et l'opposition d'alors.

Le nouveau gouvernement Rudd a été clairement mandaté pour rétablir des règles en matière de salaire minimum, payement d'heures supplémentaires, congés payés, conditions de licenciement ou exercice du droit syndical.

L'autre engagement fort des travaillistes concerne l'éducation. Sous le thème d'une véritable " révolution pour l'éducation ", le nouveau gouvernement s'est engagé à investir 1 milliard de dollars (environ 603 millions d'euros) en quatre années, pour que " chaque établissement secondaire devienne une école digitale ", permettant à chaque élève de la sixième à la terminale d'avoir accès à un ordinateur. Beaucoup reste à faire également dans le secteur de la petite enfance. Dans ses documents de campagne, Kevin Rudd déplorait le retard pris par son pays, avec un investissement dans l'éducation des plus petits qui ne représente qu'un cinquième de la moyenne constatée au sein de l'OCDE.

Symbolique de ces priorités, emploi et éducation, Kevin Rudd a confié la responsabilité de ces deux portefeuilles à sa vice-premier ministre Julia Gillard. C'est une première dans l'histoire australienne que de voir une femme à ce poste : elle occupe de fait la position de Premier Ministre lorsque celui-ci est en voyage officiel à l'étranger, comme ce fut le cas lors du déplacement de la délégation australienne à Bali.

A l'issue de la conférence de Bali, la presse locale a beaucoup commenté sur le rôle majeur qu'a pu jouer l'Australie dans la signature à l'arraché d'un accord. Les talents de négociatrice de la nouvelle ministre Penny Wong sont parait-il à mettre au crédit du résultat final. La création du ministère pour les changements climatiques et l'eau dont elle a la charge, directement rattaché au premier ministre, marque l'urgence qu'il y avait pour l'Australie de se mettre au diapason de la communauté internationale mais aussi de traiter le problème particulier du pays, en proie a une sécheresse endémique et à des problèmes d'approvisionnement en eau.

L'écologie relève aussi d'un second ministère celui pour l'environnement, le patrimoine et les arts, attribué à Peter Garrett. Ancien activiste " vert ", député d'une circonscription de l'est de Sydney depuis 2004 lorsqu'il avait rejoint le Labor, Peter Garrett s'était illustré en 2000, lors de la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques.

Arborant un tee-shirt noir marqué en lettres blanches d'un énorme SORRY, il se produisait alors avec son groupe Midnight Oil. Retransmise par les télévisions du monde entier, l'image pouvait passer anodine auprès du public international. Pour l'auditoire australien, le message était volontairement provocateur. John Howard s'était toujours refusé à présenter des excuses au nom de son pays, dans un processus de réconciliation avec le peuple aborigène.

Kevin Rudd, sur le chemin du retour de Bali, s'est arrêté à Darwin, dans les territoires du Nord où vit la majorité de communautés aborigènes. Au cours d'une rencontre avec 25 leaders, le premier ministre a confirmé que son gouvernement travaillait sur la formulation des excuses qui seront présentées au peuple aborigène, en reconnaissance des erreurs du passé, vis-à-vis notamment des Stolen Generations -générations d'enfants volés à leur famille pour être élevés par les Blancs.
Il a aussi promis que le conseil des ministres se déplacerait dans une communauté aborigène dès le premier semestre de l'an prochain. Comme le commentait une éditorialiste, " Il est inimaginable qu'un gouvernement Howard, même après que John Howard ait juste commencé à parler de 'réconciliation' avant les élections, se soit jamais réuni dans une communauté aborigène " (Michelle Grattan, Sun Herald, 16 décembre 2007).

La réunion du conseil des gouvernements australiens du 20 décembre 2007 marquera également l'histoire de la fédération. Pour la première fois, tous les chefs de gouvernement, fédéral, d'états et de territoires, appartiennent au Labor. Tournant la page, selon ses propres mots, d'une période de game blame -" jeu " où chacun se rejette la responsabilité- pour Kevin Rudd s'ouvre une nouvelle ère de coopération et d'efficacité, avec des actions prioritaires pour la santé, l'éducation ou encore l'aide aux aborigènes.

Malgré un agenda chargé depuis sa prise de fonction, Kevin Rudd a pris le temps d'une visite surprise à Bagdad. Lors de sa rencontre avec son homologue irakien il a confirmé - autre promesse de campagne- que son pays allait rapatrier une partie de ses troupes d'ici à juin 2008. L'Australie de John Howard avait été l'un des premiers pays à s'engager militairement en Irak, dès 2003, auprès de son allié américain.

Le 3 décembre 2007, lorsque Kevin Rudd prêtait serment devant le Gouverneur Général - le représentant d'Elizabeth II en Australie-, les télévisions et la presse se sont longuement arrêtées sur l'image d'un homme ému, tenant une bible d'une main quelque peu tremblante. Peu de commentateurs ont relevé que dans son serment, le premier ministre avait omis toute référence à la monarque britannique, constitutionnellement le chef d'état de l'Australie.
Pourtant cette version républicaine de la prise de serment adoptée par Kevin Rudd (ainsi que par l'ensemble de ses ministres) est remarquable. Etrangement absent de la récente campagne électorale, le débat sur la république - rejetée en 1999 par référendum- devrait être relancé sous un gouvernement travailliste. Un des rares éditorialistes à l'avoir noté, écrivait aux lendemains de la prise de fonction officielle de Kevin Rudd : " Le sentiment républicain demeure très fort en Australie…Ce serait un signe de notre maturité grandissante en tant que nation que de remettre la question à l'ordre du jour du débat public… " (Jack Waterford, The Canberra Times, 5 décembre 2007).

Marylène Naviner
Sydney- décembre 2007

Article d'analyse postélectoral des élections générales 2008 en Espagne :

Comme dit la presse française : "Viva Zapatero!"

En remportant 169 députés au Congrès, le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) de José Luis Rodríguez Zapatero n'a pas atteint l'objectif inavoué de la majorité absolue, mais s'est assuré une majorité suffisante lui permettant de gouverner avec plus d'aisance qu'au cours de la législature précédente. Gagnant 5 sièges par rapport à 2004, et bien que le Parti Populaire gagne également des sièges, le PSOE est assurément le grand vainqueur de ces élections générales.

Le PP aura beau arguer que lui aussi progresse en sièges et en nombre de votes, il n'en reste pas moins que cette élection est une seconde et sévère défaite pour Mariano Rajoy. Le Parti Populaire, obsédé par la volonté de récupérer un pouvoir qu'il considérait volé, a voué ces quatre dernières années à attaquer sans cesse le gouvernement faisant feu de tout bois, utilisant le terrorisme, la situation économique ou la menace de l'immigration et s'appuyant pour cela sur l'Église, les milieux et les médias les plus réactionnaires: il n'a pas réussi son pari de "renverser" le gouvernement socialiste. Cette défaite, résultat de l'absence de projet, du manque de crédibilité politique de ses dirigeants et surtout de l'échec de sa stratégie de crispation nationale, oblige le PP à une réforme en profondeur. L'annonce de la tenue prochaine d'un congrès et les mouvements de pions qui ont commencé au sein du parti au lendemain des élections préfigurent une lutte de pouvoir entre les tenants de la ligne dure et les soi-disant "centristes".

La victoire sans appel de Zapatero se mesure surtout à l'échelle des communautés autonomes de Catalogne et du Pays Basque, ou les partis nationalistes on subit un sérieux revers en faveur des candidats socialistes.
Même s'il était à prévoir un recul de la représentation parlementaire de ces partis - dont le succès électoral de 2004 était largement dû à un rejet du Parti Populaire et de la politique d'Aznar - l'importance de ce recul démontre l'adhésion des basques et des catalans à l'action et à l'attitude du gouvernement, ainsi qu'au projet politique de Zapatero.

Au Pays Basque, la relégation du PNV au poste de deuxième force régionale est un camouflet pour la politique indépendantiste de l'actuel président Ibarretxe. C'est également un avertissement et sans doute un coup d'arrêt à la consultation lancée par celui-ci sur l'autodétermination de la région. Conservant tout de même 6 députés et donc un groupe parlementaire, le PNV n'en demeure pas moins un allié potentiel voire primordial pour le nouveau gouvernement.

En Catalogne, l'effondrement des indépendantistes républicains, alors que les autonomistes de centre-droit maintiennent leur position, dénote le rejet d'une attitude radicale mais surtout l'absence d'un projet crédible et viable pour la région. Mais la défaite d'ERC représente un sérieux casse-tête pour les socialistes à l'avenir: comment continuer à gouverner la "Generalitat" avec une gauche républicaine en déroute alors que le gouvernement du PSOE va devoir s'appuyer sur le centre-droit de CiU au niveau national? Tout semble annoncer de grosses difficultés dans le gouvernement tripartite de Catalogne dans les mois qui viennent.

Ces mouvements de l'électorat local ont donné à la Catalogne et au Pays Basque un rôle primordial dans la victoire du PSOE, compensant la perte des plusieurs sièges dans sa forteresse d'Andalousie, sans doute lassée de la présidence éternelle de Manuel Chaves et souhaitant un peu de changement. Cette importance du Pays Basque et de la Catalogne dans la victoire socialiste va également se retrouver dans la future gouvernance en raison de l'importance parlementaire de ces deux régions.

Zapatero représente une nouvelle social-démocratie. Lui-même et son groupe s'étaient présentés et avaient gagné le 35ème congrès du PSOE sous le nom de "Nueva Via", c'est-à-dire nouvelle voie. Ce qui est intéressant et original par rapport à d'autres démarches socialistes de la gauche européenne c'est que la méthode a changé:
- Présenter un programme et des idées, et les appliquer si l'on gagne.
- Gouverner dans le plus total respect des institutions, même dans le difficile processus visant à en finir un jour avec le problème du terrorisme basque.
- Rendre compatible la croissance économique avec la distribution de la richesse, par l'établissement de prestations sociales. L'Espagne souffrait d'un certain retard en la matière par rapport aux autres pays européens riches, alors qu'elle est la 8ème puissance économique mondiale.
- Établir et fixer dans la réalité les principes de gauche: premier gouvernement paritaire, respect de l'argent public, mise-à-mal de la corruption urbanistique, etc.….
- Leader, non contesté qui peut porter avec son image les principes des valeurs socialistes.
- Rénover et moderniser la communication politique (les campagnes électorales du PSOE, sont très performantes du point de vue de la communication par les moyens utilisés, nouvelles technologies amorties au maximum, etc.).

Le programme très audacieux de 2004 a été appliqué dans sa presque totalité. Le programme 2008 est également ambitieux et implique une continuité de l'impulsion des politiques sociales et sociétales, qui font aujourd'hui de l'Espagne un pays à l'avant-garde des changements sociaux malgré une histoire récente pas toujours facile à gérer.

Les militants PS de Madrid, acteurs et spectateurs de cette évolution de la société, sont fiers de voir chaque jour l'Espagne avancer vers des valeurs qui nous sont chères, et qui sont devenues un résumé de la ligne politique de Zapatero: plus de Liberté, plus d'Égalité et plus de Fraternité. Nous sommes fiers d'un socialisme qui gagne et qui chaque jour transforme la société.

Section PS-Madrid (FFE), mars 2008
http://madrid.parti-socialiste.fr/

Première partie

Emploi et protection sociale

Atteindre le plein emploi :

Objectifs : créer 2 millions de nouveaux emplois, porter le taux d'occupation à 70% (au moins 60% pour les femmes) afin d'atteindre l'objectif de Lisbonne, réduire le taux de chômage à environ 7%, et réduire le nombre d'emplois temporaires à 25% du total ; améliorer les conditions de travail pour améliorer la productivité.

Quelques mesures concrètes :
- Convoquer une grande réunion tripartite avec les syndicats et les organisations patronales dès le début de la législature pour décider du rythme des réformes. Les mesures prises postérieurement seront également soumises aux partenaires sociaux.
- Augmentation du salaire minimum, jusqu'à 800 euros en 2012, avec l'objectif de 60% du salaire moyen à plus long terme et augmentation de la participation des salariés aux résultats de l'entreprise.

- Pour lutter contre l'abus de contrats d'intérim, le PSOE veut à la fois créer des incitations à l'utilisation des CDI et des pénalités en cas d'abus dans les contrats d'intérim ou à durée déterminée. Parmi celles-ci, les contrats à durée déterminée successifs interrompus aux vacances ou les week-ends, ou correspondant à des activités différentes de celles spécifiées dans le contrat, seront déclarés abusifs ou frauduleux et requalifiés en CDI et les entreprises devront payer une amende.
- Les contrôles de l'Inspection du Travail et de la Sécurité Sociale seront renforcés pour détecter ces abus : les effectifs de l'Inspection du Travail seront portés à 3000 inspecteurs et sous-inspecteurs, dont 300 recrutements la première année de la législature ; création d'une école spécifique de formation pour les Inspecteurs du Travail, avec des spécialisations en prévention des accidents du travail, répression des fraudes et lutte contre l'économie souterraine.
- Renforcement de l'emploi à durée indéterminée dans les Administrations publiques, et audits réguliers de la situation dans chaque administration afin d'établir et de remplir des objectifs chiffrés en pourcentage de CDI.

- Pour favoriser l'accès à l'emploi des jeunes, création d'un contrat de formation rémunéré et associé à des incitations à l'embauche du titulaire de ce contrat à son expiration. Création également d'un statut du stagiaire, pour qui un contrat de formation devra obligatoirement être signé. Des sanctions seront prises contre les entreprises qui emploient indument des stagiaires.

- Pour prolonger la vie active des seniors, des formations spécifiques pour les seniors à la recherche d'un emploi seront créées, afin de les orienter vers des professions où leur expérience sera prise en considération ou de leur permettre de créer leur entreprise. Amélioration des incitations fiscales à l'embauche des + de 45 ans. Prise en compte de l'âge des travailleurs dans l'évaluation des risques d'accident du travail. Amélioration de l'accès des travailleurs les plus âgés à la formation continue.

- Lutte contre les accidents du travail par l'adoption d'une loi-cadre qui unifie les mesures d'éducation, formation, prévention et sanction. Le budget consacré à la lutte contre les accidents du travail sera augmenté. Mise en place d'organismes de surveillance, mesure, prévention et recherche sur les maladies professionnelles.

- Lutte contre les discriminations au travail : mise en place des mesures prévues dans la loi adoptée lors de la précédente législature contre la discrimination salariale entre hommes et femmes ; lutte contre les barrières légales, socioculturelles et physiques à l'emploi des personnes handicapées ; favoriser l'accès à l'éducation et l'emploi des personnes handicapées ; élaborer un nouveau plan d'emploi aidé pour les personnes handicapées, qui favorise l'accès postérieur à un contrat de travail ordinaire.

- Adoption d'une loi sur l'emploi affirmant le rôle central des services publics dans le retour à l'emploi, grâce à une attention personnalisée et l'adoption d'une charte régulant les services proposés, notamment l'élaboration obligatoire d'un itinéraire personnalisé de retour à l'emploi, l'accès à une formation pour les demandeurs d'emploi sans qualification et la réalisation de tests professionnels. Elaboration d'un plan pour la prise en charge des travailleurs confrontés à un licenciement économique.

- Adoption de mesures de coordination entre l'Education Nationale et les services publics de l'emploi pour une prise en charge immédiate et efficace des jeunes ayant abandonné le système scolaire sans qualification.

- Amélioration et extension du Système d'Information des Services Publics de l'Emploi, en particulier en coordination avec les autres Etats de l'UE, afin de faciliter l'accès de tous les usagers à l'information sur ces services.

- Pour renforcer le rôle des syndicats, de nouvelles obligations seront créés pour les groupes, notamment la création d'un comité inter-centres et d'un comité de groupe national ; pour les sous-traitants, une loi adoptée récemment obligera les entreprises à augmenter la transparence de l'information fournie aux travailleurs ; en cas d'appel d'offre, les procédures à suivre et les droits des travailleurs seront plus strictement régulés. Les travailleurs, via leurs représentants syndicaux, devront être associés aux décisions affectant leurs droits et leur emploi. Les conventions collectives seront étendues pour que tous les travailleurs soient protégés par la négociation collective.
- Une commission d'enquête sera créée pour restituer le patrimoine syndical spolié par la dictature franquiste.

Immigration et emploi : les objectifs :
- Lutte contre l'immigration clandestine, et en particulier contre la traite d'êtres humains exploités sexuellement ou comme main d'œuvre clandestine
- Aide à l'intégration des immigrants légaux et au regroupement familial.
- Accueil des travailleurs étrangers selon les nécessités du marché du travail local.

Moyens à mettre en œuvre :
- Augmentation des peines pour les membres des réseaux de traite d'êtres humains.
- Renforcement des patrouilles côtières et des accords de coopération avec les pays de départ des migrants et l'Union Européenne ; création d'une Agence d'Immigration au niveau nationale, afin de simplifier les procédures administratives et de coordonner les politiques avec les Communautés Autonomes (régions) espagnoles.
- Accélération des procédures d'expulsion pour les immigrés en situation irrégulière. En cas de demande d'asile, la procédure d'expulsion sera interrompue jusqu'à la résolution du dossier.
- Augmentation des sanctions pour les entreprises employant des travailleurs clandestins.

- Garantie aux immigrés en Espagne de tous les droits reconnus par la Constitution espagnole, sans discrimination ; mise en place de programmes de formation permettant aux immigrés de comprendre les normes, valeurs et langues de la société espagnole.
- Mise en place des moyens permettant de traiter en deux mois maximum les demandes de regroupement familial. Si possible, le droit à la résidence devra être accompagné d'un visa de travail en cas de regroupement familial.
- Simplification des démarches d'obtention du visa de travail.
- Formation des travailleurs étrangers avant leur entrée en poste, en Espagne ou dans leur pays d'origine.
- Incitation au recrutement de travailleurs étrangers spécialisés ou très qualifiés.
- Poursuite des programmes de travail saisonnier pour travailleurs étrangers mis en place ces dernières années, en veillant aux droits de ces travailleurs, et en leur donnant la priorité pour revenir les années suivantes ou obtenir un visa de longue durée.
- Promouvoir le codéveloppement et les programmes de retour volontaire pour les immigrés voulant créer des activités productives dans leur pays d'origine.

3ème objectif : travail indépendant et économie sociale
- Le PSOE veut augmenter le nombre de travailleurs indépendants, et inciter à la création d'entreprises sous une des formes définies comme l'" économie sociale " (coopératives et coopératives de travailleurs, en particulier).

Quelques mesures concrètes :
- Améliorer les politiques d'incitation au travail indépendant, en réduisant plus fortement les cotisations sociales pour les groupes ayant les plus grandes difficultés d'insertion sur le marché du travail.
- Création d'un système de protection pour les travailleurs indépendants contraints de cesser leur activité.
- Permettre la mise en place effective des droits reconnus par le code du travail pour les travailleurs indépendants qui dépendent constamment de leur activité : vacances, horaires, compensations en cas de cessation d'activité… Exemption du paiement de la cotisation aux Chambres de Commerce pour ces travailleurs.
- Améliorer l'accès à la formation professionnelle tout au long de la vie active.
- Développer l'entrepreneuriat grâce à des programmes d'aide technique et à l'investissement pour la création d'entreprises, en particulier sous les formes définies par la loi de l'économie sociale (prévue pour la prochaine législature), et dans les nouveaux domaines d'activité permettant des créations d'emploi.
- Adaptation de la législation applicable aux coopératives et aux coopératives de travailleurs, afin qu'elles se développent, s'adaptent à la mondialisation et augmentent leur compétitivité. Les mêmes normes s'appliqueront à l'économie sociale.
- Fournir un soutien aux entreprises reconnues par la loi de l'économie sociale consacrées aux services d'intérêt général et aux services sociaux, tels que l'enseignement, la santé, les services à la communauté. Une aide particulière sera fournie aux entreprises consacrées à l'aide aux personnes dépendantes, et à l'aide internationale au développement.

Renforcer l'Etat providence :
1er objectif : Retraites et Sécurité Sociale, un système solidaire et durable


Mesures proposées :
- Augmentation des retraites les plus faibles, pour qu'aucune famille n'ayant que ce revenu ne soit en-dessous du seuil de pauvreté, soit une augmentation d'au moins 26% au cours de la prochaine législature, et augmentation des pensions de veuvage.
- Rendre compatible le fait de percevoir une retraite avec un salaire pour les travailleurs âgés qui continuent leur activité, si ce salaire ne dépasse pas un certain seuil
- Couverture pour les personnes exerçant une activité au sein du domicile familial, afin qu'elles aient des droits comparables en cas d'incapacité temporaire et d'accident du travail notamment.
- Plus grande transparence et proximité, afin que chaque citoyen sache à quelles prestations sociales il a droit.

2ème objectif : un système de santé au service de tous les patients
- Garantie de l'égalité de l'accès aux soins sur tout le territoire, et renforcement du service public de santé
- Renforcement des politiques de prévention
- Amélioration des soins aux personnes âgées, dépendantes ou atteintes de maladies chroniques
- Plus de personnel médical et infirmier, et soutien aux professionnels de la santé et à la recherche médicale
- Information aux consommateurs (NDLR : la Consommation et la Santé dépendent du même ministère)

Mesures extraites du programme :
- Augmentation de la dotation économique du Plan de Qualité de la Santé, pour permettre l'accès aux soins palliatifs pour tous, élaborer de nouveaux guides de bonnes pratiques cliniques, améliorer la qualité de la prise en charge, indépendamment du lieu de résidence des patients.
- Consultation des associations de patients pour l'élaboration des normes de qualité s'appliquant au secteur.
- Amélioration des soins généralistes grâce à une réduction de la charge administrative des médecins, une offre plus fournie de soins à domicile, une plus grande rapidité de l'accueil aux urgences, et une meilleure coordination avec les spécialistes.
- Mise en place de délais d'attente avant la prise en charge maximaux pour les maladies pouvant provoquer un handicap ou des séquelles graves si le traitement n'est pas rapide
- Généralisation de l'ordonnance électronique, pour permettre un meilleur suivi du patient.
- Promotion du don et de la greffe d'organes.

- Plan de santé bucco-dentale pour tous les enfants
- Programme d'éducation à la santé, pour promouvoir un mode de vie sain, former aux premiers soins, etc… Coordination avec les personnels de santé pour évaluer les maladies les plus courantes dans chaque région, et les prévenir après en avoir décelé les causes.
- Education à la santé sexuelle adaptée aux différentes tranches d'âge
- Promotion auprès de Bruxelles d'une TVA à taux réduit pour les préservatifs et la pilule du lendemain ; leur accès devra être facilité pour les adolescents.
- Développement d'une stratégie nationale de suivi de la grossesse et l'accouchement qui prenne en compte la diversité culturelle et le handicap, et promeuve la coresponsabilité des parents.
- Evaluation des politiques publiques de santé.

- Campagnes d'éducation sur le bon usage des médicaments.
- Plan de sécurité pharmacologique, qui permette de prévenir les erreurs de médication et le meilleur suivi des traitements prescrits. Lutte contre la falsification et le trafic de médicaments
- Mesures en faveur de la R&D dans le domaine pharmaceutique
- Financement d'essais cliniques indépendants et à caractère non commercial, en particulier pour les maladies rares.

- Plan de prévention et de traitement du SIDA. Lutte contre la discrimination envers les séropositifs dans le monde du travail, et garantie de leur droit effectif à la santé, et notamment au don d'organes, à la reproduction assistée, dans des conditions d'égalité.
- Lutte contre l'alcoolisme, en particulier chez les jeunes
- Régulation des traitements alternatifs et naturels, et en particulier des formations et des compétences professionnelles requis pour les dispenser.
- Elaboration d'une loi de la Santé, la Sécurité Alimentaire et la Nutrition pour contrôler les risques alimentaires tout au long de la chaîne de production et distribution et coordonner les actions publiques, en particulier pour réduire l'utilisation excessive de sel et graisses dans les aliments.
- Lutte contre l'anorexie et la boulimie. Harmonisation des tailles de vêtements pour promouvoir un aspect physique sain et s'adapter aux caractéristiques physiques réelles de la population.

- Plan de formation de professionnels de la santé, et aide à la réinstallation en Espagne pour ceux qui travaillent à l'étranger. Planification des besoins dans dix ans, et réactualisation régulière (au moins deux fois par législature) pour couvrir toutes les spécialités nécessaires. Augmentation du nombre de places en faculté de médecine et école d'infirmiers.
- Renforcement des sanctions en cas d'agression aux personnels de santé.
- Incitation à la participation des personnels de santé à des programmes de coopération sanitaire internationale.
- Renforcement de l'éducation, la formation, l'information et les droits des consommateurs en Espagne et au niveau européen : renforcement des contrôles de qualité, surveillance des importations, nouvelle législation et sanctions renforcées pour les pratiques déloyales des entreprises
- Etiquetage social et environnemental qui permette la traçabilité des produits. Création d'un Observatoire des politiques de consommation afin de surveiller et promouvoir les bonnes pratiques d'entreprise, et inciter au commerce éthique et à la lutte contre le réchauffement climatique.
- Augmentation de la vitesse de transmission des informations pour éviter la commercialisation de produits ne respectant les normes sociales, environnementales et de qualité.